Bande de Gaza : À peine 3 % des terres agricoles restent accessibles et préservées

découvrez comment la disponibilité des terres agricoles dans la bande de gaza est réduite à seulement 3 %, mettant en péril l'agriculture locale et la sécurité alimentaire.

Dans la bande de Gaza, l’agriculture vit l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Après plus de deux ans de conflit, une analyse géospatiale conjointe de la FAO et d’Unosat révèle une réalité brutale : seuls 448 hectares de terres agricoles restent à la fois accessibles et intactes. Ce chiffre représente à peine 3 % des surfaces cultivables de l’enclave.

Ce constat alarmant intervient alors que la superficie agricole exploitable ne cesse de diminuer. Les zones d’exclusion militaire s’étendent, les infrastructures sont en ruines, et les agriculteurs palestiniens voient leurs moyens de subsistance s’évaporer jour après jour.

Bande de Gaza : l’effondrement des terres agricoles accessibles

L’analyse des images satellites collectées fin juin 2026 par la FAO et Unosat dresse un bilan sans appel. La superficie agricole disponible pour la culture est passée de 601 hectares en octobre 2025 à seulement 448 hectares six mois plus tard. Cette chute de 25,5 % illustre la pression constante exercée sur le territoire palestinien.

La principale cause de ce recul ? L’extension vers l’ouest de la « ligne jaune », cette zone tampon qui sépare les territoires contrôlés par l’armée israélienne du reste de la bande de Gaza. Fin mai 2026, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu annonçait vouloir porter le contrôle de 60 % à 70 % du territoire. Une déclaration qui se traduit concrètement par une confiscation massive de terres agricoles.

Pour Rein Paulsen, directeur du Bureau des situations d’urgence de la FAO, « la perte d’accès aux terres agricoles réduit encore davantage l’espace dont disposent les agriculteurs pour produire de la nourriture, même là où les infrastructures restent physiquement intactes ». Une situation qui condamne des milliers de familles à la dépendance alimentaire.

La destruction massive des infrastructures agricoles de l’enclave

Les terres cultivables ne sont pas les seules victimes du conflit. Les infrastructures qui permettaient leur exploitation ont été systématiquement visées. Selon le ministère palestinien de l’Agriculture, plus de 8 700 puits d’eau agricoles et plus de 1 370 kilomètres de canalisations de transport d’eau ont été détruits.

Le secteur de la production animale n’est pas épargné, avec un taux de dommages estimé à 90,3 %. Les pépinières, couveuses, chambres froides et laboratoires vétérinaires ont subi de lourds dégâts. Le domaine de la pêche est quant à lui quasiment à l’arrêt, après la destruction de centaines de bateaux et de fermes aquacoles.

Au total, ce sont plus de 8 700 puits et 1 370 kilomètres de canalisations qui sont hors d’usage. Le système agroalimentaire de la bande de Gaza a enregistré 1,44 milliard de dollars de dommages directs et 1,46 milliard de pertes économiques. Des chiffres qui donnent la mesure de la catastrophe.

Le blocus et la pénurie d’intrants : l’agriculture de Gaza asphyxiée

Même lorsque les terres restent accessibles, les agriculteurs ne peuvent plus les cultiver. Semences, engrais, matériel d’irrigation, carburant : tous les intrants indispensables à la production sont devenus des biens rares et inabordables. Les restrictions imposées par Israël sur les importations freinent toute reprise du secteur.

L’insécurité alimentaire demeure critique. Selon le dernier rapport d’Ocha, le bureau onusien de la coordination des affaires humanitaires, la majorité des foyers de la bande de Gaza vivent avec seulement deux repas par jour. Malgré la déclaration officielle de la fin de la famine, la population subit toujours les conséquences de ce blocus implacable.

Voici les principaux obstacles identifiés par les experts pour toute reprise agricole :

  • 🧑‍🌾 Accès aux terres extrêmement limité, avec seulement 27 % des surfaces physiquement accessibles
  • 🚜 Dégâts considérables sur les infrastructures, 87 % des terres agricoles étant endommagées
  • 💧 Destruction des ressources en eau, élément vital pour toute culture
  • 🌱 Impossibilité d’importer des semences et engrais de base
  • 🐄 Effondrement du cheptel, avec un secteur d’élevage jugé non viable pour être relancé

La ligne jaune : une confiscation méthodique du territoire

L’extension de la « ligne jaune » n’est pas un phénomène nouveau. Elle s’inscrit dans une stratégie de long terme qui vise à réduire l’espace agricole de l’enclave. Cette zone tampon, officiellement créée pour des raisons de sécurité, grignote chaque mois de nouvelles superficies cultivables.

Cette confiscation s’ajoute à une histoire déjà marquée par les destructions. Durant la seconde Intifada, environ 10 % des terres agricoles de la bande de Gaza avaient été rasées. En 2014, des centaines d’hectares le long de la frontière avaient subi le même sort. Le droit international humanitaire, pourtant clair sur l’interdiction de détruire les biens indispensables à la survie des populations, reste lettre morte.

La notion d’écocide est désormais évoquée par plusieurs ONG, dont Amnesty International. La destruction systématique de l’environnement et des ressources naturelles ne serait pas un simple effet collatéral de la guerre, mais une stratégie délibérée. Un argumentaire qui reste pourtant sans reconnaissance juridique à la Cour pénale internationale.

Les initiatives de survie : préserver les semences locales à Deir el-Balah

Dans ce contexte de destruction généralisée, quelques lueurs d’espoir subsistent. À Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, une équipe s’attèle à inventorier et préserver les semences locales traditionnelles. Cette ressource précieuse, conservée d’une année sur l’autre, permet aux agriculteurs de survivre malgré les bombardements.

Salem Muhanna, directeur du projet lancé en 2017 avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge, témoigne : « Pendant la guerre, ce sont elles qui nous ont aidés à survivre ». Grâce à ce programme, les agriculteurs reçoivent des semences qu’ils restituent à la fin de la saison, créant ainsi un cercle vertueux de partage.

La FAO constate également de petits signes encourageants de reprise dans le secteur de l’élevage, rendus possibles par l’aide d’urgence fournie lors de la déclaration du cessez-le-feu. Une remise en état limitée des infrastructures de culture sous serre a aussi été observée dans certaines zones, même si 80 % d’entre elles restent endommagées.

L’avenir incertain de l’agriculture dans la bande de Gaza

Avant le 8 octobre 2023, l’agriculture représentait près de 10 % de l’économie de Gaza et faisait vivre plus de 560 000 personnes. Le territoire était autosuffisant en légumes frais et exportait un tiers de sa production. Un âge d’or révolu, qui semble aujourd’hui inaccessible.

La Banque mondiale estime à 10,49 milliards de dollars le coût de reconstruction des seuls systèmes agricoles et alimentaires. Un montant colossal, alors que le territoire continue de subir les conséquences du conflit et du blocus. Sans action urgente pour rétablir un accès sûr et fournir aux agriculteurs les moyens de produire, les chances de relance s’amenuisent chaque jour.

La préservation des terres agricoles de la bande de Gaza ne se limite pas à une question économique. C’est une question de survie pour une population qui dépend de cette terre pour se nourrir, et une question de justice pour un peuple qui voit ses ressources naturelles confisquées. L’avenir de l’agriculture de l’enclave palestinienne se joue dans les mois à venir, dans un équilibre fragile entre espoir et résignation.

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